Perspectives sur la sécurité alimentaire

La persistance de "El Nino" retardera la prochaine campagne de printemps

Décembre 2018

Décembre 2018 - Janvier 2019

La plupart du pays est en phase 2, sauf quelques zones en phase 1 et 3.

Février - Mai 2019

La plupart du pays est en phase 2, sauf quelques zones en phase 1 et 3.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Les précipitations se sont améliorées, à l'exception des Nippes et du Nord-Ouest favorisant le développement des cultures, sauf dans le Nord-Est où l'excès d'humidité compromet les plantations. Selon les régions, on assiste aux récoltes d'été/automne, activités de labourage en vue de la campagne d'hiver et aux récoltes et repiquage du riz. 

  • La plupart des ménages très pauvres s'adonnent aux activités de subsistance telles que le petit commerce et la vente de charbon. Dans les zones frontalières, la migration continue d'être une alternative à la détérioration des conditions socio-économiques du pays.

  • A l'échelle nationale, les prix du riz importé et du maïs local ont augmenté légèrement entre septembre et octobre et celui du haricot noir a chuté faiblement. Néanmoins, les prix des produits alimentaires de base demeurent au-dessus de leur moyenne quinquennale, limitant ainsi l’accès alimentaire pour les ménages les plus pauvres.

  • La plupart des régions seraient présentement en Stress (phase 2 de l'IPC). Un nombre limité de ménages des zones touchées par la sécheresse ou particulièrement vulnérables peuvent être en Crise (IPC phase 3). Ce nombre devrait augmenter de façon continue jusqu'aux prochaines récoltes en juin/juillet, amenant certaines zones à changer progressivement de phase.

CONTEXTE NATIONAL

Situation actuelle

Bilan et perspectives climatologiques. Les conditions météorologiques se sont améliorées, au cours du mois d'octobre, tout en restant proches de la normale, en termes de précipitations. Selon les pronostics pour la période novembre-janvier, les précipitations devraient être au-dessus de la normale, particulièrement pour la presqu'ile du sud. On doit noter toutefois un certain ralentissement dans la pluviométrie au cours du mois de novembre, les précipitations étant en-dessous de la moyenne au cours des deux premières décades.

Impact sur la production agricole de la saison. Mise à part les zones encore en butte à la sécheresse, les précipitations ont favorisé, d'une part, le développement des cultures en cours comme le pois Congo, les racines et tubercules, et, d'autre part, les récoltes d'Eté/Automne (haricot, arachide, maïs, etc.), la cueillette de banane, de l'arbre véritable, etc., et les activités de labourage et de semis de haricot, lancées dans le contexte de la campagne d'hiver, notamment dans les régions de faible altitude.

Dans les zones rizicoles (Artibonite et plaine des Cayes),les récoltes continuent parallèlement aux activités de repiquage. Dans le Centre, l'arachide et le pois Congo sont en récolte depuis octobre, tandis que dans le Nord-Est, l'excès d'humidité a compromis les plantations de haricot, sauf le pois Congo. Il est à noter que dans les zones de montagne de ce département, des activités de préparation du sol sont en cours en vue des plantations d'Hiver.

La situation est plus compliquée dans les Nippes, à l'exception de Baradères, des plaines irriguées et des montagnes humides. Il y a très peu de cultures, sauf de la canne à sucre et du pois Congo, car les agriculteurs n'investissent presque pas dans l'agriculture en raison de la variabilité de la saison pluvieuse des dernières années.

Disponibilité des produits alimentaires. Pour l'heure, il y a des récoltes de haricot provenant des montagnes du Nord, du Sud-Est, du Sud, de la Grand'Anse et du Plateau Central. Le maïs est aussi en récolte, notamment dans la Grand'Anse, le Sud et le Centre, mais en quantité moindre que d'habitude. La disponibilité est dominée par la banane, les racines et tubercules, le pois Congo, les produits maraichers et par des produits issus de la cueillette (arbre véritable, notamment dans la Grand'Anse). Dans l'ensemble, les marchés sont toujours bien approvisionnés, pour la plupart, en produits alimentaires importés.

Evolution des prix. A l'échelle nationale, hormis le haricot noir, le prix des produits alimentaires locaux augmente, du fait que la plupart des zones agro-écologiques lancent des opérations de semis pour la campagne d’Hiver, à la faveur des précipitations du mois d'octobre et de novembre.

Entre octobre et novembre, le prix du maïs local a augmenté de plus de 7 pourcent en moyenne nationale, passant de 82 à près de 88 gourdes/marmite (six livres). Cette situation résulte du comportement des prix sur six des marchés suivis, dont de manière très atypique sur celui du Cap Haïtien où une hausse de près de 57 pourcent a été observée, imputable à l'épuisement des stocks et à l'absence de récoltes dans ces zones.

Pour sa part, le prix du haricot noir a encore baissé de plus de 4 pourcent par rapport au mois précédent au niveau national, passant de 297 à 285 gourdes/marmite. D'importantes baisses ont été observées, notamment sur les marchés des Cayes (plus de 20 pourcent), du Cap Haïtien (15 pourcent), de Jacmel (9,5 pourcent) et de Jérémie (plus de 4 pourcent).

Le prix du riz importé a affiché une relative stabilité (moins de 1 pourcent) par rapport à la tendance affichée au cours du premier trimestre de l'année 2018. En effet, la marmite se vend à 207,63 gourdes en novembre, contre 208,25 gourdes en octobre. Ce constat reste tributaire de la chute de prix observée à Jérémie (près de 6 pourcent) et de la stabilité sur six des marchés suivis, alors qu'il augmente à Fond-des-Nègres (3,5 pourcent). Tout en demeurant stable au niveau global, le prix du riz importé est au-dessus de sa moyenne quinquennale et de l'année dernière (figure 2).

Production animale. Les précipitations enregistrées durant les mois d'octobre et de novembre ont facilité le développement des fourrages permettant aux éleveurs de nourrir et d'abreuver convenablement leurs animaux. Ainsi, la situation de l'élevage est normale, bien que le Teschen continue d’affecter les populations porcines.

Demande et offre de main-d’œuvre agricole. En cette période de l'année, les activités agricoles sont dominées par les récoltes d'été/automne et par les préparatifs de la campagne d'hiver. La demande de main d’œuvre est relativement faible en raison de la faible capacité d’investissement de la part des agriculteurs faisant suite à une campagne de printemps médiocre, mais aussi car la campagne d’hiver génère habituellement un volume de travail assez faible. Cependant, l’offre de main d’œuvre est également limitée, de nombreux ménages obtenant leur revenu par d’autres sources, dont la migration en ville ou à l’étranger. La faible demande de main d’œuvre présente un impact uniquement auprès des ménages ayant des difficultés à accéder aux autres sources de revenus.

Autres sources de revenus. Les ménages pauvres s'adonnent aussi aux activités de subsistance telles que le petit commerce et la vente de charbon. Dans les zones frontalières, la migration représente encore une alternative à la détérioration des conditions socio-économiques du pays.

Pour ce qui est des transferts de migrants haïtiens, le rythme de croissance indique une augmentation de21,4pourcent par rapport à l’année précédente. Selon la Banque de la République d'Haïti (BRH), le volume transféré a atteint 1,6 milliards de dollars américains. On doit souligner toutefois que cela n'a pas vraiment diminué la pression sur le taux de change gourde/dollar, dont la dépréciation a atteint un niveau important en moins d'un an (soit plus de 75 gourdes pour un dollar américain).

Les résultats de l’ENSAN. Suite à la sécheresse qui a sévi dans le pays, notamment le Nord, le Nord-Est, la Grand'Anse, le Sud-Est et l'Ouest, la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA), en collaboration avec ses partenaires (PAM, FAO, etc.), a réalisé une enquête nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle au cours du mois d'octobre 2018. Les résultats indiquent une détérioration de la sécurité alimentaire à l'échelle nationale.

Selon les résultats de cette enquête, plus de 55 pourcent des ménages ont recouru à des stratégies de crise et d'urgence face à la détérioration de leurs moyens d'existence. Parallèlement, près de 52 pourcent ont un score de consommation alimentaire (SCA) limite ou pauvre tandis que plus de 32 pourcent ont une diversité alimentaire (SDA) pauvre.

De plus, près de la moitié des zones analysées lors de l'atelier IPC en octobre et décembre 2018, présentent des taux de Malnutrition Aiguë Globale (MAG) sérieux (10 – 14,9 pourcent), alors que les zones Nord-Ouest HT02 et La Gonâve HT01 présentent des seuils de MAG critiques (15 – 29,9 pourcent), les zones HT07 et HT08 de la Grand’Anse affichent des taux acceptables (< 5%).

Suppositions

Le scénario le plus probable de décembre 2018 à mai 2019 se base sur les hypothèses suivantes :

  • Prévisions saisonnières. Selon, l'USGS et d'autres instituts de météorologie (NOAA, CARICOF, etc.), de novembre à janvier 2019, des précipitations au-dessus de la normale sont attendues, particulièrement dans la presqu'ile du sud d'Haïti, bien que ce soit une période sèche jusqu'au mois de mars. Les prévisions météorologiques indiquent cependant la persistance du phénomène El Niño jusqu’au trimestre mars-mai 2019, ce qui pourrait entrainer un démarrage tardif de la prochaine saison pluvieuse et donc une campagne de printemps différée.
  • Perspective des récoltes d'hiver. Les prévisions d'une saison pluvieuse au-dessus de la moyenne porteraient à anticiper une production d'hiver proche de la moyenne.
  • Main-d'œuvre agricole. La demande de travailleurs agricoles retrouvera un niveau normal pour les activités de la campagne de printemps 2019.
  • Autres sources de revenus. Les activités de petit commerce, très dépendantes de la performance des récoltes, notamment en milieu rural, devraient connaitre un certain ralentissement compte tenu des faibles récoltes. DE nombreux ménages tirent toutefois leur principal revenu de la migration temporaire urbaine ou vers la République Dominicaine. Cependant, les ménages qui ne peuvent pas migrer et qui tirent leur revenu du travail agricole vont compléter leur revenu par la production de bois et de charbon. 
  • Prix des aliments importés et locaux. Hormis le haricot noir, le prix des produits alimentaires locaux tend vers la hausse. Les prix des produits alimentaires importés, en particulier le riz, resteront stables mais au-dessus de la moyenne, en raison de la dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar. Pour la plupart des produits, les prix sont significativement élevés en comparaison à l'année dernière et à la moyenne des cinq dernières années.
  • Prévisions d'inflation de la BRH. Selon la BRH, la progression à la hausse de l'inflation annuelle devrait se maintenir (note sur la politique monétaire de septembre 2018).
  • Transferts de fonds privés de la diaspora. Les transferts de migrants augmenteront au cours des festivités de fin d'année et de la période pascale en avril.
  • Evolution du taux de change. La monnaie nationale, la gourde, continuera de perdre de la valeur face au dollar américain et au peso dominicain. Une tendance qui s'accentue d'autant plus que le climat socio-politique se dégrade, avec les conséquences que cela comporte pour les prix des biens et services importés.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

De novembre 2018 à janvier 2019, l’approvisionnement des marchés devrait se comporter de façon normale pour les produits importés, mais la disponibilité des produits locaux devrait être réduite, sauf pour les racines et tubercules, la banane et certains produits issus de la cueillette comme l'arbre véritable. Par ailleurs, la demande de main d’œuvre agricole devrait baisser du fait des pertes de revenus à la suite des mauvaises performances des campagnes agricoles précédentes. Il a été observé que l’offre de main d’œuvre agricole diminue au profit d’autres activités comme la migration urbaine ou en République Dominicaine ainsi que la fabrication et la vente de charbon de bois.

La consommation alimentaire devrait présenter des difficultés et la plupart des ménages pourra à peine accéder aux biens de première nécessité non alimentaires. Ainsi, la plupart des régions pourrait se retrouver en situation de Stress (phases 2 de l'IPC) ; cependant, de nombreuxménages parmi les plus pauvres dans les zones touchées par la sécheresse (Nord-Est), qui peinent encore à s'en remettre, ou qui vivent dans des communes très vulnérables du Haut-Plateau, de la Côte Sud, des Nippes, de l'Ouest (La Gonâve, Croix des Bouquets) et du Sud-Est, pourraient être en Crise (IPC, phase 3). Ces ménages devront avoir recours à des stratégies d’adaptation de crise, telles que la diminution des repas ou la vente d’actifs essentiels pour accéder à une nourriture peu diversifiée.

De février à mai 2019, période coïncidant, d'une part, avec les récoltes d'hiver (haricot, pois Congo, etc.) et, d'autre part, avec le lancement de la campagne agricole de printemps, la consommation devrait se maintenir à un niveau plus ou moins normal et non pas se détériorer, en partie du fait des récoltes, et aussi grâce aux revenus générés par la vente de main-d'œuvre et d'autres activités (petit commerce, vente de bétail, transferts de migrants, etc.). Toutefois, l'accès aux produits alimentaires locaux et importés resterait limité, étant donnée leur prix élevé. Cette situation devrait s'accentuer, à partir de mars/avril, avec la période de soudure (jusqu'à juin), en raison d'absence de récoltes, mise à part encore la banane, les racines et tubercules, et le début de cueillette des mangues. Ainsi, la plupart des régions pourraient se retrouver encore en situation de Stress (phases 2 de l'IPC) ou de crise, notamment les zones identifiées plus haut.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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